La chaussure et son talon anti-vibrations, présentée ici par la directrice d'études de l'Ismans, Sylvie Bacle.
Un matériau composite dans le talon, et voilà les vibrations de la marche effacées ! Cette trouvaille, on la doit à des ingénieurs manceaux. Qui vont aller jusqu'à vendre leurs chaussures.
L'histoire
Ça suffit ! Chercher pendant des années, trouver enfin et voir sa découverte exploitée par les grands noms de l'industrie dans le domaine spatial, aéronautique ou dans l'automobile, sans profiter directement des retombées financières... L'Institut supérieur des matériaux du Mans (Ismans), une école d'ingénieurs privée, dit stop.
Elle tombe la blouse du chercheur pour devenir chausseur. Embarque sa matière grise dans une mallette de VRP. La trouvaille, c'est ce matériau composite, de plastique et de caoutchouc entre autres, qui permet d'atténuer les vibrations. À chaque pas.
La découverte ne date pas d'hier ; l'école avait même obtenu le prix Innovation Défense en 1997. Elle a été appliquée depuis dans différents secteurs de haute technologie. Mais, aujourd'hui, « nous voulons fabriquer quelque chose qui nous appartient. Ce seront des chaussures pour hommes et pour femmes », annonce avec détermination Alain Le Méhauté, le directeur de l'Ismans.
5 000 paires fabriquées
Le matériau composite est intégré au talon de chaussures de ville. « Les chaussures de ville sont rigides. À chaque fois qu'il y a choc à cause de la marche, les jambes et la colonne vertébrale récupèrent les vibrations. On a travaillé avec des kinés et le résultat est surprenant. » Sylvie Bacle, la directrice d'études qui souffre du col du fémur, a testé. « Lorsque j'ai remis mes chaussures habituelles, j'ai senti la différence ! »
Cinq mille paires de chaussures ont été confectionnées en Espagne. Pour des raisons de coût. Depuis quatre mois, les paires de chaussures (noires ou rouges pour l'instant) sont expérimentées. L'idéal, selon Alain Le Méhauté, serait de trouver un partenaire spécialiste de la chaussure avec qui collaborer équitablement. Pour l'instant, les recherches sont restées vaines.
« Là, on va aller jusqu'à la commercialisation des chaussures, en passant par la vente en ligne sur internet. Et s'il faut ouvrir des boutiques, on le fera ! Nous sommes obligés de travailler sur les chaussures, mais après tout, c'est un produit de haute technologie ! » Le directeur ne mâche pas ses mots, ni son amertume de voir les exploits de ses étudiants à peine reconnus. « En France, on n'est pas protégés, nos brevets sont pillés », s'agace-t-il.
« On veut de l'argent »
Les chaussures seront vendues sous la marque Spadd, pour Smart passive damping devices, le nom du procédé qu'on peut traduire ainsi : « dispositif d'amortissement passif ». « On veut de l'argent, martèle le patron de l'Ismans. Il n'est absolument pas question de se faire avoir sur le résultat. Nous visons la qualité et l'espoir de faire rapatrier la production en France. »
L'an dernier, Alain Le Méhauté déclarait que la recherche scientifique doit « sortir des laboratoires et entrer dans la société ». Avec ces chaussures, voilà le premier pas effectué.
F L.
samedi 03 octobre 2009